La belle drive
Texte Gaël Octavia
Conception et mise en scène Nelson-Rafaell Madel
Avec
Daniély Francisque,
Jann Beaudry,
Gladys Arnaud,
Shanon Barro (artiste plasticienne),
Renélyse Cimper (artiste médiatique)
et Tomeskä (artiste culinaire)
Collaboration artistique Mylène Émica
Costumes Laura De Souza
Vidéos Sentwòz
Musique Christophe Césaire
Administration, production Agnès Carré
Production Compagnie Théâtre des Deux Saisons
La nouvelle présidente de la Martinique, fraîchement indépendante, est immédiatement confrontée à un dossier brûlant, un dérèglement inquiétant : l’île s’est, à proprement parler, décrochée des sols marins et dérive désormais. Accompagnée de sa fidèle cheffe de cabinet et de sa stagiaire venue du froid, la Présidente doit gérer cette crise tout à fait “déstabilisante”.
L’intention
J’ai d’abord rencontré l’écriture de Gaël Octavia à travers ses textes pour le théâtre, quelques nouvelles et ses deux romans. À chaque lecture, j’ai eu le sentiment d’une forme de reconnaissance. Respirer le souffle de sa langue. Reconnaître ses personnages. Être agité par leurs enjeux et questionnements. Rire aux éclats à une réplique ou une situation. Comme avec une sœur, une grande amie qui avec complicité, humour et précision saurait si bien raconter.
Par ailleurs, il y a cette phrase d’Édouard Glissant “Nous avons rendez-vous où les océans se rencontrent”, qui m’accompagne et me guide comme un phare, au gré des créations de la compagnie Théâtre des Deux Saisons.
Je rêvais ainsi d’un spectacle dans lequel après une sorte d’apocalypse, ou une explosion, ou une catastrophe naturelle, ayant tout ravagé sur son passage, des femmes rescapées se retrouvaient sur une terre à reconstruire.
Je rêvais qu’elles partagent des histoires, des chants, des danses, de la nourriture, des rites, comme socle de leur nouveau pays commun.
J’ai proposé à Gaël Octavia d’écrire à partir de ces pistes. Quelques mois plus tard naissait la première version de La belle drive, une farce “caribéano-futuriste” pleine de dérision et de vérité.
En scène
Six actrices cheminent d’un point A (première scène du spectacle) jusqu’à un point B (dernier tableau du spectacle).
D’abord le public installé en trifrontal, comme la disposition en « u » d’une réunion officielle. Bureau présidentiel ou salle de conférence, le premier espace est aseptisé et rigide. Les personnages sont apprêtés, tenues très/trop ajustées, maquillages et coiffures au cordeau. Soudain la crise est annoncée.
Dans une seconde partie, de la terre est projetée au sol et un nouvel espace est ouvert. Nous sommes désormais dans le jardin/nouveau bureau de la présidente. Les corps et les visages sont salis à force de bêcher, les cheveux se défont. Les spectateur.ices ont la possibilité de bouger, iels sont invité.es à se déplacer, “driver”, se rapprocher. Puis un chaudron est amené.
Pour le final, un ultime espace est ouvert, comme un îlot, en hauteur. Les actrices s’y retrouvent, rescapées, pour trinquer « À la belle drive ». Tandis que les secousses ont cessé et que l’île s’est raccrochée (temporairement?) ailleurs. Et une soupe est servie.
Nelson-Rafaell Madel